La petite enfance est le socle invisible sur lequel se construit tout l’avenir d’une nation. Au Sénégal, le secteur de la petite enfance et du préscolaire connaît une dynamique sans précédent. Pourtant, derrière les progrès visibles, un défi de taille subsiste : comment mesurer efficacement ce que nos enfants apprennent vraiment ?
Pour répondre à cette question, le Burundi, la Gambie, la Guinée, la Guinée Bissau et le Sénégal se sont engagés dans l’étude « ADAPTATION ET MISE À L’ÉCHELLE DES DIAGNOSTICS ET ÉVALUATIONS DE LA QUALITÉ ET DES RÉSULTATS DE L’APPRENTISSAGE PRÉCOCE DANS LES RÉGIONS D’AFRIQUE DE L’OUEST ET DU CENTRE » financée par le Réseau Africain de la Petite Enfance (AFECN), le Centre Africain de Recherche sur la Population et la Santé (APHRC), le Bureau Régional de l’UNICEF de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCRAO) et le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI).
Le rapport d’analyse de la situation de référence issu de cette étude, publié par le Ministère de l’Éducation nationale (septembre 2025), dresse un état des lieux sans complaisance et trace la feuille de route d’une évaluation plus juste et holistique. Décryptage des points clés.
1. Un paysage en pleine expansion, mais un défi mondial à relever
Le préscolaire sénégalais est un écosystème d’une grande richesse. Entre les écoles maternelles classiques, les emblématiques Cases des Tout Petits (CTP), les classes préparatoires et l’essor des daaras préscolaires (qui représentent 11 % des effectifs), l’offre se diversifie pour inclure toutes les communautés.
Le préscolaire en chiffres au Sénégal :
- 25,1 % de taux de préscolarisation (en progression, mais la couverture universelle reste un objectif à atteindre).
- 1,2 : c’est l’indice de parité, montrant une nette avance des filles à ce niveau.
- 344 469 enfants fréquentent actuellement les 5 116 structures du pays.
Le contexte global : Ce développement est crucial car l’Afrique subsaharienne fait face à une véritable « pauvreté d’apprentissage ». Près de 89 % des enfants de 10 ans de la région peinent à lire et comprendre un texte simple. Pour inverser cette tendance, tout se joue dès le plus jeune âge.
2. Le « Paradoxe de la Qualité » : Des acquis et des angles morts
Les évaluations passées (comme le bilan des compétences ou l’impact du Kit ECD) montrent que le préscolaire fonctionne ! Les enfants qui y passent ont une longueur d’avance évidente en langage et en motricité par rapport à ceux qui n’en bénéficient pas. De plus, les réformes ont permis d’augmenter le seuil minimal des compétences de base de 4,38 points et de moderniser des milliers de classes.
Cependant, un paradoxe persiste :
- Le taux d’exécution des activités préscolaires plafonne à 45 %.
- Le développement cognitif (notamment les mathématiques précoces, la sériation et les nombres) reste le parent pauvre des apprentissages.
- Le taux d’achèvement à l’élémentaire (63,2 %) montre que les fondations posées au départ doivent encore être solidifiées.
3. Le cœur du problème : Une évaluation trop fragmentée
Pourquoi le système peine-t-il à s’ajuster ? Le rapport pointe du doigt l’absence d’un système national standardisé d’évaluation.
Bien que des outils internationaux reconnus comme IDELA ou Teach ECE soient utilisés, ils souffrent de limites majeures sur le terrain :
- Inadaptation culturelle : Ils ne prennent pas assez en compte les réalités socioculturelles et la diversité linguistique (langues nationales).
- Un suivi « point par point » : Les évaluations sont trop souvent annuelles ou ponctuelles, empêchant un suivi continu du développement de l’enfant.
- Le manque de formation : Les enseignants et directeurs manquent de ressources et d’accompagnement pour standardiser la fiabilité des mesures.
4. Trois piliers pour transformer la pratique : Les recommandations du rapport
Pour passer d’une évaluation fragmentée à un système unifié et performant, les experts de cette étude préconisent trois actions immédiates :
- Axe 1 : Institutionnaliser la formation. Rendre obligatoires les programmes de formation continue sur les méthodologies d’évaluation pour les enseignants et les directeurs.
- Axe 2 : Créer un outil national adapté. Déployer un outil multilingue, culturellement pertinent, qui évalue l’enfant de manière holistique (compétences cognitives, mais aussi santé, nutrition et bien-être socio-émotionnel).
- Axe 3 : Unir l’école, la famille et la communauté. Casser la rupture entre la classe et la maison en créant des cadres de concertation permanents avec les parents pour suivre l’évolution de l’enfant.
En conclusion : Investir dans notre capital humain
Mesurer l’apprentissage des tout-petits n’est pas une simple formalité administrative. C’est la boussole qui permet d’ajuster nos politiques éducatives et de garantir que chaque enfant sénégalais exprime son plein potentiel. Le succès de cette transition nécessitera un engagement politique fort et des investissements durables.
💬 À vous la parole !
Pensez-vous que l’évaluation des enfants dès le préscolaire doive intégrer des aspects comme la santé et la nutrition, ou doit-elle rester purement académique ? Comment mieux impliquer les familles selon vous ? Partagez vos réflexions dans les commentaires !
Note : Cet article est une synthèse du « Rapport d’analyse de situation de la petite enfance et du préscolaire au Sénégal » produit par le Ministère de l’Éducation Nationale (Septembre 2025)

